À Marseille, au sein de la résidence Viala, VIVACITÉ déploie un projet d’habitat inclusif à destination de personnes âgées, fondé sur l’Accompagnement à la Vie Partagée (AVP).
Un projet pionnier à l’échelle départementale, non seulement par son contenu, mais surtout par le choix d’innover dans un lieu déjà habité, avec des résidents déjà là, porteurs d’histoires, d’usages et d’équilibres à préserver.
Innover dans l’existant : un choix politique et humain
Un parti pris assumé, mais exigeant.
Comme le souligne Nathalie Berthe, directrice de l’innovation sociale, “innover dans l’existant suppose de changer de posture : il ne s’agit pas d’appliquer un modèle clé en main, mais de composer avec le réel, ses contraintes et ses acteurs”.
Dans ce cadre, l’innovation n’a jamais consisté à contourner les règles, mais à les travailler, à les faire dialoguer entre elles, jusqu’à les faire évoluer. Le projet a ainsi nécessité une longue phase de régularisation administrative, mobilisant de nombreux partenaires institutionnels, pour transformer 12 logements de résidence sociale en habitat inclusif reconnu.
Une temporalité parfois déroutante, mais révélatrice de ce qu’est l’innovation sociale quand elle s’inscrit dans le droit commun et non à sa marge. “Ce projet montre que l’innovation sociale avance parfois à la vitesse de cent mails par mois”, ajoute Nathalie avec humour.
L’AVP : faire du lien un pilier du vieillissement
Au cœur du dispositif, l’Accompagnement à la Vie Partagée vise à lutter contre l’isolement, soutenir l’autonomie et renforcer le vivre-ensemble. À Viala, il concerne 12 personnes âgées volontaires, en majorité des Chibanis, dont le vieillissement a longtemps été peu visible dans les politiques publiques.
Pour Nathalie Berthe, l’enjeu est clair : “l’habitat inclusif n’est pas un dispositif de plus, mais une réponse structurelle à une transformation profonde de la société”.
Le vieillissement de la population impose de repenser les formes d’habiter, au-delà de l’alternative classique entre le logement isolé et l’établissement médicalisé.
L’habitat inclusif permet de rester chez soi, tout en appartenant à un collectif, en partageant des espaces, des temps, des projets. Il redonne une place centrale à la dimension sociale du vieillissement.
Un projet construit avec les habitants
À Viala, la vie partagée ne se décrète pas. Elle se construit pas à pas, avec les habitants eux-mêmes, autour d’un projet de vie sociale et partagée en cours d’élaboration.
La présence d’une coordinatrice dédiée permet d’animer cette dynamique, de soutenir les initiatives, de faire émerger les envies collectives et de garantir un accompagnement adapté aux rythmes et aux capacités de chacun.
Cette démarche participative est au cœur de la philosophie du projet : reconnaître les personnes âgées comme des acteurs de leur lieu de vie, et non comme de simples bénéficiaires.
« La question n’est plus : pourquoi l’habitat inclusif ? Mais pourquoi si peu, et pour si peu de monde ? »
Un projet pilote… et une question de justice sociale
Si le projet de Viala constitue une avancée majeure, il met aussi en lumière une tension forte : seuls 12 résidents bénéficient aujourd’hui de l’AVP, alors que la résidence compte environ 50 personnes âgées.
Cette situation interroge directement les politiques publiques et les capacités de déploiement de l’habitat inclusif à plus grande échelle.
Comme le résume Nathalie, “la question n’est désormais plus celle de la pertinence du modèle, mais bien celle de son accessibilité”.
Une étape fondatrice
Validé pour une durée de sept ans, le projet d’habitat inclusif de Viala entre aujourd’hui dans sa phase pleinement opérationnelle. Les prochains mois seront consacrés à la finalisation des démarches individuelles, à la poursuite des aménagements et à la consolidation du projet de vie partagée, avant un contrôle départemental prévu en 2026.
À Viala, l’habitat inclusif n’est pas une expérimentation hors sol. C’est une démonstration concrète que l’innovation sociale, lorsqu’elle s’ancre dans les lieux de vie et s’élabore avec les personnes concernées, peut transformer durablement les manières de vieillir… ensemble.





